Le 30 septembre 2025, le Comité de pilotage Grand Site des Gorges du Verdon (COPIL), co-présidé par Isabelle Tomatis, préfète-des-Alpes-de-Haute Provence et Bernard Clap, président du Parc s’est réuni à la Maison du Parc naturel régional du Verdon pour valider les derniers éléments constitutifs du dossier de candidature au label Grand Site de France. Lors de ce COPIL, ont été entérinés le plan d’actions à 8 ans, la gouvernance renforcée et les moyens nécessaires pour porter le projet. Il s’agit de la phase finale de préparation du dossier, qui doit être prochainement soumis aux Commissions Départementales de la Nature et des Sites des Alpes-de-Haute-Provence et du Var, ainsi qu’à la Commission Supérieure des Sites, Paysages et Perspectives du ministère de la Transition écologique.
Le logo « Grand site de France » est née en 1976, avec pour objectif de proposer des réponses opérationnelles pour un accueil de qualité des visiteurs dans les sites classés renommés et très fréquentés, subissant de fortes pressions dues à l’accroissement du tourisme, à la déprise de l’agriculture ou à l’extension de l’urbanisation.
C’est un des volets de la politique de protection des monuments naturels et des sites, instaurée par les Lois de 1906 et de 1930 et conduite par le Ministère de l’environnement, de l’énergie et de la mer.
Ce projet de labélisation Grand Site de France des Gorges du Verdon, est porté par le Parc naturel régional du Verdon (PNR) depuis une dizaine d’années et soutenu par l’État, la Région Sud, les Départements des Alpes-de-Haute-Provence et du Var, ainsi que les quatre intercommunalités (Communauté de Communes Alpes Provence Verdon, Communauté d’Agglomération Dracénie Provence Verdon, Communauté de Communes Lacs et Gorges du Verdon -CCLGV-, Communauté d’Agglomération Provence Alpes) et les sept communes concernées (: Aiguines, Castellane, Comps-sur-Artuby, Moustiers-Sainte-Marie, La Palud-sur-Verdon, Rougon, Trigance.
Ce label Grand Site de France est censé être un levier supplémentaire pour assurer la pérennité et la résilience des Gorges face aux défis environnementaux et climatiques, tout en renforçant un accueil touristique qualitatif et responsable, en préservant les paysages et la qualité de vie des habitants.
En 2023 l’ancien Préfet des Alpes-de-Haute-Provence avait saisi le ministère de l’écologie et de la transition des territoires pour que ce dernier mandate l’IGEDD (Inspection Générale de l’Environnement et du Développement Durable) sur le sujet de la régulation de la fréquentation touristique et de la protection des milieux naturels. La mission d’inspection de l’IGEDD a eu lieu en 2024 et les conclusions du rapport rendu font état de propositions sur le fond du sujet, et a aussi recommandé la tenue d’une médiation territoriale sous l’autorité du préfet. Officiellement, il s’agit d’apaiser les tensions entre les différents acteurs, et de coconstruire ensemble, des voies de résolution, pour pouvoir concilier les besoins, des différents acteurs en présence et définir des règles de gouvernance partagée.
Cette médiation porte, pour l’essentiel, sur les milieux et activités aquatiques dans le périmètre visé par la candidature au label Grand Site de France, mais élargi aux sites proches qui peuvent être concernés par certaines pratiques. Cette médiation a démarré en Novembre 2025 et doit se terminer fin juin 2026, après une interruption pour les élections municipales.
L’Association pour la protection du lac de St Croix, de son environnement, des lacs et sites du Verdon qui se bat depuis plus de 25 ans pour une réelle protection des sites du Verdon en dénonçant les politiques touristiques qui induisent une surfréquentation estivale et les dégradations induites, n’est pas dupe sur le sens de cette démarche de médiation ayant pour but de concilier des points de vue très différents entre services de l’Etat, les Départements, les maires, le PNR, les professionnels des sports nautiques, les pêcheurs, les défenseurs de l’environnement. Nous avions d’ailleurs fait part de nos réserves à M Clap, président du PNR et à M Christophe Béchu, Ministre de l’Environnement par courrier le 20/2/2024.
Néanmoins et bien que sachant que cette procédure de médiation -dite novatrice- se tiendrait en parallèle des vraies négociations « entre responsables officiels » nous avons accepté d’y participer pour réaffirmer nos positions.
Lors des ateliers qui se sont déroulés ces derniers mois dans le cadre, de cette médiation, nous avons pu constater que nos dénonciations étaient bien fondées, malgré les dénégations des services de l’Etat et du PNR ; par exemple, au sujet des activités de randonnée aquatique dans le canyon du Verdon, les professionnels ont avoué qu’ils ne respectaient absolument pas les termes de l’arrêté préfectoral, à savoir un groupe de 10 personnes, toutes les 10 minutes…. trop de clients à satisfaire – et d’argent à faire-, on double les groupes et on passe à 6 minutes !!!. En 2014, cet arrêté préfectoral était l’aboutissement – à peine satisfaisant – des différents recours déposés par notre Association au Tribunal Administratif, sr cette question de la dégradation écologique du cours du Verdon.
Après plusieurs réunions, il est rapidement apparu que l’Etat n’était pas à la hauteur des problèmes avec ses manquements sur le suivi et le contrôle des activités en application des lois et de la règlementation. De même, peu d’éléments sur les questions d’organisation, de gestion. Ainsi pour nous, ce projet reste flou : peu d’informations sur le programme d’action, sur le périmètre précis de cette OGS et son financement. On a constaté que dans les comptes-rendus des ateliers, les arguments d’EDF, des professionnels, des fédérations de pêche, du PNR et des services de l’Etat étaient bien retranscrits, les nôtres étant souvent passés à la trappe ! Notre Président a réagi contre cet état de fait par un courrier le 26/1/2026, et les médiateurs ont proposé une rencontre.
C’est finalement par la presse (Var Matin du 17/1/26) qu’on apprend qu’un budget de 2 M€ est déjà identifié, mais qu’il proviendra d’une partie des cotisations au PNR des 7 communes concernées sur les 54 du PNR (sur le Var, Comps, Trigance, Aiguines, sur le 04, Castellane, Rougon, La Palud, Moustiers St Marie), ce qui devrait logiquement réduire le budget de fonctionnement du PNR…. et qu’accessoirement, l’Etat ne mettra que 60 000 € !! De même, en date du 23/10/2025, la CCLGV a validé le principe d’une participation financière de 16 500 €/an sur la période de 8 ans.
Le Président du PNR a précisé que ce montant permettrait de financer 81 projets déjà identifiés, mais seuls 3 sont réellement évoqués : la réfection de la route des crêtes, la rénovation du sentier de l’Imbut, l’aménagement des zones de canyoning….
Au regard de ces différents éléments, nous pensons que l’obtention du Label Grand Site ne fera que développer un peu plus le tourisme de masse estival et que ce n’est pas la meilleure réponse pour mieux gérer et règlementer les activités, les déplacements, le stationnement au bord des lacs. Le PNR ne semble pas être l’outil adapté pour une gestion raisonnée alors que les enjeux climatiques vont être de plus en plus prégnants ; de même ; il y a un déficit en terme de structuration territoriale, chaque commune faisant passer ses intérêts sans tenir compte des autres.
Nous avons voulu rechercher un autre territoire doté du label pour voir quels étaient les avantages produits. Bien que les problématiques soient un peu différentes, nous nous sommes penchés sur l’OGS du Mont-Saint-Michel déjà en place.
Joyau classé au patrimoine mondial (la première pierre a été posée en l’an 708), l’histoire de l’Opération Grand Site baie du Mont St Michel (OGS), a commencé en mars 1995, date à laquelle le gouvernement français a décidé d’accompagner le projet du Rétablissement du Caractère Maritime (RCM) par l’OGS, sur les deux parties : l’une sur la Manche, l’autre sur l’Ille et Vilaine. En 1997 il y a eu la création du Syndicat Mixte Espaces Littoraux de la Manche (SYMEL) pour assurer le suivi. Etait aussi associé le Syndicat Intercommunal à Vocation Unique de la Baie pour l’Ille et Vilaine (SIVU).
La mise en œuvre réelle s’est faite entre 2000 et 2007, avec pour objectif ce rétablissement du caractère marin de la baie. L’opération a bénéficié d’un financement Etat/ UE/ Region Bretagne et Région Basse Normandie/ Départements de l’Ille et Vilaine et de la Manche. Au final, 17.6 millions d’euros ont été mobilisés pour cette opération :11 millions côté Bretagne et 6,6 millions côté Normande.
Dans la Manche, ces financements ont permis de mener 71 actions, programmées et déclinées sous la forme d’études, travaux, outils de communication, animation et formation.
L’Association Interdépartementale Manche-Ille-et-Vilaine, regroupant, entre 2005 et 2011, les deux Conseils Généraux et les 6 EPCI de la Baie, a poursuivi les actions de sensibilisation initiées dans le cadre de cette Opération Grand Site en répondant à l’appel à projets Gestion Intégrée de la Zone Côtière en juin 2005, ce qui lui a permis d’obtenir des financements et d’achever dans ce cadre, la mise en œuvre de l’Opération. Il est actuellement envisagé, une deuxième phase de l’OGS.
Le Ministère souhaitant que le projet puisse être porté à l’échelle de l’ensemble de la baie du Mont Saint-Michel, afin de garantir la cohérence, il y a eu dissolution du SYMEL en 2020 et transformation en 2022, en un Établissement Public d’Intérêt Culturel (Epic). Ceci, en application du décret n°2019-1338 du 11/12/2019 : Création de l’Etablissement Public du Mont-Saint-Michel, placé sous la tutelle du Ministère de la Culture et du Ministère de l’Environnement pour assurer la gestion du site (aménagement, tourisme, stratégie en matière de transport et parkings vp, développement économique, maintien du caractère maritime du site avec la gestion des ouvrages, notamment le barrage sur le Couesnon..).
A noter que suite à la publication du décret n°2023-131 du 24/2/2023, en application de la Loi Engagement et Proximité 2019-1461 du 27/12/2019, les maires des 3 communes de Pontorson, Beauvoir, Mont-Saint-Michel, ont transféré leurs prérogatives de police de la circulation et du stationnement à l’EPIC.
Le Conseil d’Administration (CA) de l’EPIC compte 25 personnes, à parité Etat/ Collectivités (9 représentants de l’Etat, dont le Préfet de la Région Normandie, le Préfet de la Manche, le Préfet d’Ille et Vilaine, le Directeur du Conservatoire de l’Espace littoral et des rivages lacustres … et 9 représentants des Collectivités, dont le Président du Conseil Régional de Normandie, le Président du Conseil Régional de Bretagne, le Président du Conseil Départemental de la Manche, les maires des communes de Pontorson, Beauvoire, Mont-Saint-Michel, les présidents des Communautés d’Agglomération d’Avranches et Saint Malo, du Pays de Dol et Baie de Saint-Michel. Ce CA est dirigé par un Directeur Général nommé par décret du Président de la République. Ce dernier exerce aussi les fonctions d’administrateur de l’Abbaye du Mont St Michel qui dépend du Centre des Monuments Nationaux (CMN). C’est sur la base d’une Convention avec le CMN, approuvée par le Ministère de la Culture, que l’EPIC contribue à concevoir et mettre en œuvre la politique culturelle, la promotion touristique et commerciale ainsi que les tarifs. Cette convention qui a expiré fin 2025, a été prolongée provisoirement.
Et c’est là, que ça se complique ; si l’EPIC s’occupe de la gestion globale du site, le Centre des Monuments Nationaux lui gère 70% de l’île proprement dite, avec l’abbaye et les remparts. Les deux structures publiques, sous la tutelle du Ministère de la Culture cohabitent, mais se livrent une véritable guerre de territoires.
Le Mont-Saint -Michel est le 2° site des monuments nationaux le plus visité avec une fréquentation étalée sur toute l’année. On a compté 3 millions de visiteurs en 2025 (+ 3,1 % par rapport à 2024) et la moitié (1,6 M) a visité l’abbaye et ses remparts, ce qui a généré 7 millions d’€ de recettes pour le Centre des Monuments Nationaux (CMN). Ce dernier a reversé 0,6 M€ à l’EPIC, le solde étant affecté à l’entretien des cent autres monuments en France sous la tutelle du CMN.
Les ressources de l’EPIC proviennent des recettes de ses activités (manifestations artistiques, gestion des parking) et des subventions de l’Etat et des Collectivités territoriales, de la « faible » contribution du Centre des Monuments Nationaux.
D’un côté, l’EPIC souhaite réaliser une série de travaux (modernisation des parcours de visite, amélioration de l’accueil du public…) pour un montant de 30 M€ et réclame, avant tout, une plus grosse participation financière du CMN, mais aussi et surtout demande une gestion unique « en sa faveur » pour la gouvernance générale du Mont Saint Michel. Dans ce sens, les élus (Hervé Morin, Président de la Région Normandie, Jean Morin, président du Département ainsi que de l’EPIC, avec des parlementaires) ont saisi le 1° Ministre par courrier, en se faisant l’écho des propositions favorables à un gestionnaire unique, faites par la Cour des Comptes qui a rendu un Rapport sur ce dossier début Juillet 2025.
De son côté, la Présidente du CMN a fait état programme les travaux d’entretien et de restauration (lutte contre la corrosion et les risques de chutes de pierres…) dans le cadre d’un contrat pluriannuel conclu avec l’Etat pour un montant de 50 M€.
Comme on le voit, tout n’est pas rose et la demande actuelle des élus locaux doit être tranchée par le 1° Ministre : gouvernance unique de l’EPCI avec l’intégralité des recettes de l’abbaye ? mais que deviendront les autres sites des monuments de France qui n’ont pas de rentrées financières suffisantes ?? A ce jour, rien n’est réglé !!!
Ainsi aux vues de cet exemple breton/normand, qui certes ne représente pas les mêmes enjeux que le site du Verdon (territoire naturel plus vaste, sans un point d’encrage unique), on peut réellement s’interroger sur le principe de cette labellisation sans aucun préalable organisationnel.
L’Etude « Schéma Directeur des Activités Nautiques sur les retenues du Verdon »* qui a été réalisée en 2024-2025 par le PNR du Verdon, sous le pilotage du Commissariat du Massif des Alpes, a proposé des pistes intéressantes :
-l’adhésion à un Plan Stratégique Global portant sur un ensemble du territoire des cinq lacs du Verdon, avec la mise en place d’une gouvernance collective, d’un regroupement des moyens financiers, justement pour programmer des opérations visant à structurer et piloter l’offre touristique, alors qu’actuellement cette offre touristique estivale est assez anarchique et se concentre sur quelques points souvent saturés. Il est donc question de fédérer l’ensemble des acteurs, globalement à l’échelle du territoire du PNR (54 communes · 6 intercommunalités).
Ces propositions sont à l’heure actuelle en suspens, période électorale oblige mais aussi interrogation voire défiance face à la capacité du PNR de gérer une telle structure… certains autres ont évoqué la création d’un Syndicat pour avancer….mais plusieurs préfèreraient rester autonomes pour profiter à fond de la rente touristique !!!
A ce jour la Médiation se poursuit sous forme d’Ateliers, auxquels nous participons activement ; les mois à venir devraient nous permettre d’y voir plus clair.
L’OGS, une affaire d’argent ???, en tout cas une affaire à suivre avec attention !!! -28 Février 2026-
* Cette étude a coûté 446074 € et a été financée par l’Etat, la Banque des Territoires, la Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur, la SCP, EDF, et le PNR. Elle a été pilotée par le Commissariat du Massif des Alpes.
